Rien n’interdit plus à un salarié de prolonger sa vie active après l’âge de 60 ans. Désormais, la porte reste entrouverte pendant cinq ans supplémentaires, depuis la publication du dernier décret officiel, paru avant-hier dans le Journal officiel.
Le texte signé par le Premier Ministre Abdelaziz Djerad est limpide : tout travailleur peut, sur sa propre initiative, continuer de travailler après l’âge légal de départ, mais sans dépasser cinq années supplémentaires. Ce choix n’est pas automatique ; il appartient à chacun de le formaliser.
Pour activer cette option, la démarche est encadrée. L’employé doit rédiger une demande écrite, datée et signée, à remettre à son employeur au minimum trois mois avant d’atteindre l’âge de la retraite. Le dépôt de ce document n’est pas laissé au hasard : l’entreprise doit remettre un reçu de dépôt, preuve concrète de la prise en charge du dossier.
Si besoin, la demande peut voyager autrement qu’en main propre. Le décret prévoit la possibilité d’utiliser tout moyen, y compris une lettre recommandée avec accusé de réception. Un point de vigilance : seul un salarié toujours en poste au moment de la démarche peut prétendre à cette prolongation.
Le texte est formel : l’employeur ne peut refuser de recevoir la demande d’un salarié souhaitant poursuivre son activité au-delà de l’âge légal de la retraite. Il ne peut pas non plus forcer un départ à la retraite de sa propre initiative pendant cinq ans, à compter de la date anniversaire des 60 ans.
Si le salarié souhaite finalement quitter son poste avant ses 65 ans, il doit alors adresser une demande de retraite au moins deux mois avant la date prévue. Passé ce cap, l’employeur peut, de son côté, engager le départ officiel du salarié dès 65 ans ou au-delà.
Un autre volet du décret concerne la revalorisation des pensions de retraite pour 2020. Dès le 1er mai, de nouveaux taux s’appliquent, visant à soutenir le pouvoir d’achat des retraités. Voici comment se répartissent ces hausses :
- Les pensions de 20 000 DA ou moins bénéficient d’une augmentation de 7 %.
- Celles comprises entre 20 000 et 50 000 DA profitent d’une hausse de 4 %.
- Les pensions supérieures à 50 000 DA et jusqu’à 80 000 DA sont revalorisées de 3 %.
- Au-delà de 80 000 DA, l’augmentation atteint 2 %.
Le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale précise que ces revalorisations seront versées en juin 2020, avec effet rétroactif sur le mois de mai. Cette mesure concerne 3,2 millions de bénéficiaires de pensions en Algérie.
Du côté des départs à la retraite, l’année 2018 a vu environ 50 000 salariés quitter la vie active, soit bien moins que les pics enregistrés entre 2015 et 2016, où les chiffres oscillaient entre 150 000 et 200 000 départs.
Le Directeur de la Caisse nationale de retraite ne cache pas la réalité : la situation financière de l’organisme, autrefois prospère au début des années 2010, s’est nettement dégradée à partir de 2014. L’explosion des départs anticipés, avec plus d’un million de personnes quittant leur poste avant l’âge légal, a laissé des traces profondes dans les comptes.
Derrière ces chiffres, c’est tout un pays qui s’interroge : jusqu’où prolonger la vie professionnelle, et à quel prix pour le système ? La trajectoire des prochaines années dira si ce nouvel équilibre tiendra la distance.

