Les personnes à revenu modeste ont, souvent sans le savoir, la possibilité de faire disparaître intégralement leur impôt sur le revenu ou leur taxe d’habitation d’un simple courriel. Pas de démarche automatique ici : au Trésor public, il faut aller le demander soi-même. Ce dispositif, encore trop peu utilisé, mériterait d’être mieux partagé, car chaque année, seuls un million de foyers font la démarche, alors que plus de la moitié voient leur requête acceptée. Quand on sait qu’environ 20 millions de ménages français ne sont pas imposables et pourraient donc obtenir le remboursement de la taxe d’habitation, ça laisse songeur.
Comment demander un allègement ou une annulation d’impôt ?
L’article L247 du Livre des procédures fiscales donne le cadre : « L’administration peut accorder, à la demande du contribuable, des remises totales ou partielles d’impôts lorsque celui-ci est dans l’impossibilité de payer en raison de gêne ou d’indigence ». Ce n’est pas automatique : il faut faire une demande formelle. Le dispositif s’applique à de nombreux impôts (foncier, taxe d’habitation, impôt sur le revenu) et la condition principale reste la difficulté financière – notion volontairement large, qui couvre bien plus de situations qu’on ne l’imagine.
Dans la pratique, il suffit de rédiger un courrier au fisc et de détailler sans détour ce qui empêche de régler l’impôt : coup dur financier, facture médicale qui explose, voiture en rade, compte à découvert en fin de mois… Ce n’est pas la forme qui compte, c’est la sincérité du récit.
Pour mieux cerner les situations, on peut citer quelques exemples typiquement reconnus par le fisc :
- Naissance ou adoption d’un enfant ;
- Perte d’un emploi ou période de chômage ;
- Perception du RSA ou d’autres minima sociaux ;
- Séparation ou divorce ;
- Accident, maladie ou situation de handicap ;
- Décès du conjoint ;
- Difficultés économiques : dettes, saisies, faillite, etc.
Il reste possible de déposer sa demande avant même de payer, mais aussi dans les années qui suivent : trois années de retard sont tolérées. Le fisc se montre parfois moins strict s’il s’agit d’un montant pas encore réglé, mais même en cas d’arriéré, la porte reste ouverte. L’accès n’est pas réservé aux personnes sans emploi : salariés, indépendants, retraités… présenter des difficultés suffit, tant qu’elles sont réelles.
Comment réagit le fisc à une demande d’annulation ?
En sollicitant une remise ou une annulation, le ton importe : courtoisie et clarté peuvent peser dans la balance, car l’administration n’est jamais tenue de justifier un refus. Dans les faits, l’une des cinq réponses suivantes peut être formulée :
- Acceptation avec annulation ou remboursement intégral de l’impôt dans les trois mois ;
- Refus notifié sous trois mois, avec ou sans justification ;
- Acceptation partielle avec remboursement d’une portion de la somme ;
- Demande de renseignements supplémentaires sur la situation du foyer ;
- Silence pendant trois mois équivalant à un refus implicite.
Le plus souvent, le fisc demande désormais un état des ressources et des charges. Rien de sorcier : il suffit de compléter un tableau et de le renvoyer dans les délais. Ce document appuie votre demande, autant le remplir attentivement.
Peut-on refaire la demande chaque année ?
La simplicité du dispositif a de quoi séduire : sur l’espace personnel du site des impôts, une demande peut partir en quelques minutes, plus besoin de recommandés, un simple mail suffit. Cette démarche est renouvelable tous les ans, pour chaque impôt, qu’il s’agisse de la taxe foncière, la taxe d’habitation ou l’impôt sur le revenu.
Un refus ne ferme donc aucune porte. Il n’est pas rare de voir un foyer essuyer plusieurs refus puis obtenir gain de cause l’année suivante, soit parce que la situation a changé, soit parce qu’un agent a pris le temps d’examiner le dossier différemment. Certains foyers bénéficient même d’exonérations sur plusieurs années consécutives.
Quel risque à tenter ? Perdre un peu de temps, rien de plus. Avec à la clé, parfois, plusieurs centaines d’euros d’économies. Selon les derniers chiffres connus, plus de 60 % des demandes adressées ont reçu un retour positif. La méthode reste la même : rédiger un message exposant les difficultés, le déposer dans son espace en ligne… puis patienter. Pour celles et ceux qui souhaitent un exemple « prêt à l’emploi », il existe de nombreux courriers types et tutoriels accessibles sur internet ou auprès d’associations, pour simplifier la démarche.
Détail à ne pas négliger : chaque année, il est possible de déclarer toutes ses charges réelles, même en étant non imposable. Cette pratique permet d’abaisser le revenu fiscal de référence, et réduit d’autant le montant de certaines taxes. Un coup de pouce qui passe parfois sous le radar, mais peut faire toute la différence.
Modèle de lettre pour demander une remise ou une annulation d’impôt
« Madame, Monsieur,
Je sollicite votre bienveillance afin de bénéficier de la mesure prévue à l’article L247 du Livre des procédures fiscales. J’aimerais obtenir l’annulation ou une réduction de [préciser l’impôt concerné : taxe d’habitation, taxe foncière ou impôt sur le revenu] pour un montant de xxx €. Je décris ci-dessous la situation qui justifie ma demande : [détaillez précisément les difficultés traversées].
Je vous remercie pour l’examen attentif de ma demande. Les pièces justificatives sont jointes, et je reste bien entendu disponible pour fournir tout complément d’information utile.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées. »
Un simple mail, quelques justificatifs, et parfois une bouffée d’air dans le budget du foyer. Reste à s’emparer de l’occasion, tant que la porte reste entre-ouverte.

